Khouibaba Abdel “Ils n auront ni ma plume ni ma peau…”

Martin Luther King, Jr “Ce qui m effraie, ce n est pas l oppression des méchants ”

La main de l’ambiguïté

Posted by on sept 5th, 2013 and filed under À la une, Culture. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. Both comments and pings are currently closed.

main jaune, dite de Rabiaa

Il y a dans la main jaune, dite de Rabiaa qui, depuis le 14 août pullule dans les réseaux sociaux, des lectures polysémiques et une escroquerie. Elle a été lancée, consciemment ou non, par le premier ministre turc, Tayipp Erdogan. C’était à l’occasion d’une rencontre avec ses partisans. Ce geste de quatre doigts exprimait, pour lui, une forme de solidarité avec les victimes de la place Rabiaa Addaouia. Mascotte nouvelle s’il en est, elle s’est répandue, avec un mimétisme niais, à une vitesse digne d’un SMS.


Par Driss Ajbali

Cette main se veut comme un acte de résistance au sort fait au président Morsi, déchu après son renversement par celui, que certains Egyptiens n’hésitent pas à qualifier de nouveau Nasser (pourquoi pas d’Ahmosis 1er), le désormais et nouvel homme fort Al-Sissi. Par ce geste, il est question d’exalter le souvenir du camp de protestation sur la place Rabiaa Aladawiya. Celui-ci sera levé de force par l’armée égyptienne après des semaines d’occupation et à la suite de quoi il y a eu plusieurs victimes.

Avant d’évoquer les équivoques, il y a lieu de noter ce que donne une lecture primaire qui vient d’emblée à l’esprit. Cette main, à l’instar de la célèbre et fétiche « main de Fatima » ou celle inventée en 1986 et célébrée en France par les partisans de « Ne touche pas à mon pote » dont elle partage la couleur jaune, marque une différence substantielle. Elle est imputée de son pouce.

Une main parle. Avec éloquence, surtout avec ses doigts. Un pouce tout seul peut signifier la satisfaction. Le majeur et l’index peuvent indiquer le V de la victoire. L’index peut notifier une accusation. Le majeur peut être vulgairement injurieux. L’annulaire peut trahir le célibat ou le mariage. Que signifie une main imputée de son pouce si ce n’est un aveu d’impuissance ?

Plus encore, pour peu qu’on fasse un peu attention, on peut relever quelques ambiguïtés, tacites soient-elles ou savamment entretenues.

Parmi les ambiguïtés tacites, il y a d’abord la couleur jaune. Cette couleur n’est en rien habituelle des coloris de l’Islam. Et si cette couleur signale le rejet et surtout le racisme, c’est qu’elle convoque le souvenir de l’étoile de David et de l’usage qui en fut fait pour identifier et stigmatiser les Juifs aux heures les plus sombres de l’Histoire.

Il y a en second lieu, les quatre doigts, ce qui met à contribution le chiffre quatre en arabe et qui, entre voyelles et consonnes, rappelle le prénom de l’une des figures totémiques de l’Islam, dont la fameuse place du Caire porte le nom : Rabiaa Al Adaouia. Or seul un non-arabisant, en l’occurrence ici un Ottoman, peut tomber dans le piège de la sonorité et commettre une telle confusion, pour ne pas dire bévue, sémantique.

Enfin, il y a le plus important et qui apparaît comme une ambiguïté savamment entretenue, et donc de la malversation. Elle consiste dans le détournement fait de ce que signifie Rabiaa Al Adaouia. Figure allégorique de la rédemption et de l’intact amour de Dieu, à l’image de Marie Madeleine dans la mémoire chrétienne, Al Addaouia est loin de la manière dont elle a été recyclée dans ce conflit politique entre « les frères » et les militaires égyptiens. Al Adaouia est une des figures du soufisme musulman, cette branche ésotérique et sibylline de l’Islam. L’amour désintéressé de Dieu en est le but ultime.

La légende raconte qu’Adaouia marchait avec un seau dans une main et une torche dans l’autre. Le seau, selon elle et la légende, pour éteindre le feu de l’enfer et la torche pour mettre le feu au Paradis. Tant, dans cette métaphore, elle méprisait le rapport comptable et commercial avec Dieu, dans l’équation du bien et du mal. C’est dire combien la récupération et l’instrumentalisation du souvenir d’Al Adaouia, dans cette campagne, est tout bonnement inique.

Comments are closed

created by Mejdi Mohamed

Copyright © Maghreb Observateur - ISSN 1708-6418 – Maghreb Observateur – Premier groupe de presse indépendant Maghrébin en Amérique du Nord. Contact Maghreb Observateur:info@maghreb-observateur.qc.ca